L’attention au travail se fragmente

Ce que la recherche de Gloria Mark change pour la formation terrain

6 minutes

On entend souvent que « l’attention baisse ». Le problème, c’est qu’on le répète comme un slogan… alors que la science a des mesures. Les travaux de Gloria Mark (UC Irvine) ont suivi, sur près de deux décennies, la façon dont nous restons concentrés sur un écran avant de basculer vers autre chose. Le constat est net : en 2004, l’attention moyenne sur un écran était d’environ 2 minutes 30 ; elle est descendue à des durées autour de la minute, et aurait atteint environ 47 secondes sur les mesures les plus récentes.

Pour les métiers du retail, de la logistique, du BTP et de l’industrie, ce n’est pas une anecdote. C’est un changement structurel : plus l’attention se fragmente, plus la formation “en blocs” devient fragile.


Ce qui se joue vraiment : ce n’est pas un manque de motivation

La baisse d’attention n’implique pas que les personnes “ne veulent plus apprendre”. Elle décrit surtout un environnement de travail où les interruptions (externes ou auto-infligées) et les changements de contexte se multiplient. Les études de Mark sur les interruptions montrent qu’elles ont un coût : même quand on reprend vite, il existe une période de réorientation et une hausse du stress associée aux reprises fréquentes.
Dans une autre publication largement citée, son équipe rapporte qu’il peut falloir environ 23 minutes pour revenir pleinement sur une tâche après interruption, selon le type de travail et le contexte.

Traduction terrain : on peut “tenir” une journée opérationnelle très dense… tout en ayant beaucoup de mal à réserver 30 minutes d’attention continue à un module.


Pourquoi les formations longues cassent (même quand le contenu est bon)

Sur le terrain, l’attention n’est pas un réservoir infini : c’est une ressource qui se dépense et se réinitialise. Dans ce cadre, les formats longs cumulent trois handicaps :

  • ils exigent une attention stable, rare dans des environnements rythmés par le client, la production, le chantier ou l’entrepôt ;

  • ils rendent le retour à la tâche coûteux (on “paye” la coupure) ;

  • ils reportent la mise en pratique, alors que la mémoire se consolide mieux quand on rappelle et qu’on applique.

Dit autrement : quand l’attention moyenne bascule en dizaines de secondes, ce n’est pas l’apprenant qui “échoue”, c’est le format qui devient inadapté.


La réponse la plus pragmatique : micro-learning bien dosé (pas “micro partout”)

Quand on échange entre pairs L&D / RH / Ops, une idée revient : le micro-learning n’est pas une mini-formation, c’est une façon de respecter le rythme cognitif réel.

Deux principes font la différence :

1) Le bon timing bat le volume
Ce qui marche, c’est une alternance simple : exposition brève → rappel → application. Les jalons (J+2, J+7, J+15…) ne sont pas des règles, juste des repères qu’on ajuste à la criticité (sécurité vs produit), à la fréquence d’usage (quotidien vs occasionnel) et à la saison (pics d’activité). Cette logique colle à ce que la recherche sur l’attention et les interruptions suggère : on protège l’attention en réduisant la durée d’effort continu, sans renoncer à la consolidation.

2) Mémoriser durablement = espacement + récupération
On retient mieux quand on réactive l’information à distance (espacement) et quand on demande de la reconstruire (récupération), plutôt que de la relire. L’intérêt, dans un contexte d’attention fragmentée, c’est qu’un rappel de 2 minutes peut être plus utile qu’une relecture de 20 minutes, s’il force une récupération active et s’accompagne d’un feedback clair.


Trois applications “terrain” qui tiennent dans la vraie vie

  • Retail : micro-brief avant prise de poste (3 points + une objection client) ; rappel court après la première journée ; mini-cas en fin de semaine.

  • Logistique : aide “juste-à-temps” via QR code sur zone/process ; rappel espacé sur les erreurs fréquentes ; check-list de fin de poste.

  • BTP / manufacturing : focus sécurité ou qualité en micro-séquences ; rappels après incident / presque-incident ; validation par mini-situations plutôt que par “lecture”.

Le fil conducteur : ne pas demander 30 minutes d’attention continue à des métiers qui vivent en cycles courts. On “découpe” l’effort cognitif sans découper le sens.


Mesurer, ajuster, ancrer : la boucle qui évite la fatigue

Dernière bonne pratique partagée souvent : arrêter de piloter au “ressenti”. Quelques signaux suffisent : où ça décroche, où ça hésite, où ça passe trop facilement. On espace quand c’est acquis, on resserre quand c’est fragile, on reformule quand un item piège. C’est la condition pour éviter le paradoxe classique : vouloir aider… et finir par saturer.

Si l’attention moyenne sur écran est passée de minutes à moins d’une minute dans les observations rapportées par Gloria Mark, la question n’est plus “comment faire tenir une formation longue”. La question devient : comment faire passer un message utile dans un monde d’attention fragmentée, puis l’ancrer. Et là, le micro-learning (bien rythmé, bien ciblé, relié à l’action) n’est pas une tendance : c’est un ajustement réaliste aux contraintes cognitives d’aujourd’hui.


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